Attention : discours dangereux

Absorbés que nous étions par la négociation avec le PS, nous n’avons pas porté une attention suffisante au discours prononcé par le Président de la République le 18 novembre à Bordeaux.

Il s’est exprimé ainsi : « Celui qui bénéficie d’un arrêt de travail frauduleux, comme celui qui le prescrit […], vole les Français, tous les Français. Celui qui minore ses ressources pour obtenir une prestation, vole les Français. […] Celui qui invente un logement fictif ou loue un logement insalubre pour détourner des prestations, vole les Français. »

Ce discours d’apparence anodine cache à peine deux objectifs.

Celui politicien et primaire de masquer les échecs politiques devant la crise économique dont le bilan est aujourd’hui de huit millions de français-e- sous le seuil de pauvreté, trois millions de demandeurs d’emplois, un million de logements toujours manquants.

Le deuxième plus équivoque est beaucoup plus dangereux ; celui délibéré de la stratégie de la tension. En s’engageant dans cette voie, le Président de la République renie le pacte républicain. Et même s’il s’en défend, il désigne bien des boucs émissaires et cherche à monter les français les uns contre les autres.  

C’est inadmissible. Nous connaissons le procédé. Demain, les fraudeurs-voleurs auront un nom, puis un statut, puis des droits restreints, puis … Nous n’avons pas oublié le prix de l’Histoire.

Notre devoir de mémoire a ses exigences. Aujourd’hui, comme hier, les discours nauséabonds qui flirtent avec les plus bas instincts de l’homme en désignant des boucs émissaires doivent être dénoncés et combattus avec la plus grande fermeté.

L’histoire de notre pays n’a pas toujours été glorieuse, mais la France s’est construite de sa capacité à l’acceptation, à l’intégration et à la concorde. Cela est fragile, complexe et difficile. Mais là est l’âme de notre pays. C’est, j’en suis persuadé, un fondement de l’écologie politique.

la Bidoune, le 28 novembre 2011.
Jacques ARTHUYS

Laisser un commentaire